On parle beaucoup dernièrement des pouvoirs du maire et de la question de savoir si un maire devrait les utiliser chaque fois qu’il croit que c’est « dans l’intérêt de la population ».
Bien sûr qu’un maire veut ce qu’il y a de mieux pour la population. Chaque membre du Conseil devrait vouloir la même chose.
Mais ça soulève une question importante : qui sont « les gens »?
West Nipissing, c’est presque 15 000 personnes, réparties dans plusieurs communautés et quartiers, avec des expériences, des priorités et des opinions différentes. On ne sera pas toujours d’accord. C’est justement pour ça qu’on élit neuf personnes pour nous représenter.
Le rôle du Conseil, c’est de réunir ces différentes perspectives. On écoute, on pose des questions, on débat, on remet certaines idées en question, on n’est pas toujours d’accord et, finalement, on prend des décisions pour notre communauté.
Ce n’est pas un défaut de la démocratie. C’est ça, la démocratie.
La loi sur les pouvoirs des maires donne aux maires des pouvoirs additionnels dans certaines circonstances. J’ai ces pouvoirs à ma disposition et je prends cette responsabilité au sérieux.
Mais je veux être claire sur une chose : je ne suis pas intéressée à utiliser ces pouvoirs pour contourner le Conseil ou pour obtenir le résultat que je préfère.
En fait, j’ai démontré mon engagement envers la démocratie en étant une des neuf.
Quand nous avons recruté notre nouvelle direction générale, par exemple, j’aurais pu faire cette nomination moi-même. Au lieu de ça, nous avons formé un comité d’embauche de quatre membres du Conseil qui ont travaillé sur le processus de recrutement. Ils ont ensuite présenté les trois candidats finalistes à l’ensemble du Conseil, et c’est le Conseil qui a choisi notre nouvelle direction générale, ensemble.
C’était un choix délibéré.
Le même principe a guidé notre processus budgétaire. Plutôt que d’utiliser les pouvoirs additionnels liés au système de maire fort, j’ai continué à travailler avec le processus traditionnel du Conseil, où les conseillers peuvent poser des questions, proposer des changements et avoir leur mot à dire sur les priorités que nous établissons pour notre communauté.
Ce ne sont pas seulement des paroles sur ma façon de voir la démocratie. Ce sont des choix que j’ai faits.
Si je crois qu’une chose est dans le meilleur intérêt de West Nipissing, ma première responsabilité est d’en faire valoir les raisons au Conseil. D’écouter les préoccupations. De répondre aux questions. Et d’être prête à changer mon approche si quelqu’un a une meilleure idée.
Et si, après tout ça, le Conseil n’est pas d’accord avec moi, je dois être capable d’accepter cette décision.
Parce que si une question est tellement divisive qu’un maire doit utiliser son autorité pour passer par-dessus la volonté du Conseil, je pense qu’il faut se demander : qui veut-on vraiment dire quand on parle de « la population »?
Les gens qui sont d’accord avec le maire?
Et ceux qui ne le sont pas?
Ce sont des résidents eux aussi. Leurs conseillers ont eux aussi été élus. Leur voix compte elle aussi.
Un maire est élu pour représenter toute la municipalité, pas seulement les gens qui partagent son opinion.
Et il y a une autre raison pour laquelle je pense que c’est important : l’équipe.
L’administration municipale, ce n’est pas de gagner une décision après l’autre. Le Conseil doit travailler ensemble pendant des années sur des dossiers complexes — les budgets, les infrastructures, les routes, l’eau et les eaux usées, les loisirs, le développement économique et les grands projets.
Ça prend de la confiance.
Quand un maire utilise son autorité pour contourner ou passer par-dessus les autres membres élus, ça peut changer complètement la dynamique autour de la table. Les conseillers peuvent avoir l’impression que leur voix ne compte pas autant, ou qu’il ne sert pas à grand-chose d’essayer de trouver un terrain d’entente si le maire peut simplement utiliser son autorité pour obtenir le résultat qu’il veut.
On peut réussir à faire passer une décision, mais endommager les relations dont on a besoin pour prendre les dix prochaines décisions.
On peut gagner un vote et perdre l’équipe.
Pour moi, c’est là qu’on voit la différence entre l’autorité et le leadership.
Le leadership, ce n’est pas d’être capable d’avoir gain de cause. C’est de rassembler les gens, même quand on ne part pas du même point. C’est de créer assez de confiance pour que les gens puissent nous questionner, ne pas être d’accord avec nous et savoir quand même qu’ils sont respectés.
J’ai eu, pendant ce mandat, des décisions où le résultat que je souhaitais n’était pas celui choisi par le Conseil. Ça fait partie du rôle. Ma responsabilité n’est pas de chercher une façon de contourner le Conseil parce que je n’ai pas obtenu ce que je voulais. C’est de respecter la décision et de continuer à travailler avec les gens autour de cette table.
On n’a pas été parfaits. On a eu des discussions difficiles, des décisions difficiles et des moments où on n’était pas tous d’accord. Mais je suis fière de l’équipe qu’on a bâtie et, peut-être plus important encore, de notre capacité à continuer à travailler ensemble.
Parce que le travail d’une municipalité ne s’arrête pas après un vote.
Il y aura toujours d’autres décisions à prendre, d’autres problèmes à régler et d’autres choses à accomplir. On a besoin d’un Conseil qui se fait assez confiance pour avoir les conversations difficiles et revenir ensuite à la table, prêts à travailler ensemble.
Le meilleur leadership, ce n’est pas d’avoir le plus de pouvoir. C’est d’être capable de rassembler les gens sans avoir besoin de l’utiliser.
Et finalement, « la population », ce n’est pas seulement les gens qui sont d’accord avec le maire.
La population, c’est nous tous.