Comme communauté, nous pouvons tout à fait choisir d’être une municipalité où les taxes sont faibles. Il n’y a rien de mal à vouloir garder les taxes abordables.Mais un pourcentage d’augmentation des taxes, à lui seul, ne nous dit pas grand-chose sur un budget municipal.
Un budget municipal, c’est une série de choix : ce que nous pouvons nous permettre d’entretenir, dans quoi nous pouvons investir, ce qui doit attendre et, parfois, ce dont nous décidons que nous n’avons plus besoin.
La question importante n’est pas seulement : « De combien les taxes vont-elles augmenter? » C’est aussi : « Qu’est-ce que cette augmentation nous permet de maintenir ou de réaliser — et à quoi renonçons-nous si nous la gardons plus basse? »
Le coût de faire fonctionner une municipalité
Le coût de faire fonctionner une municipalité ne reste pas le même d’une année à l’autre. Les assurances, le carburant, les matériaux, les services publics et les services contractuels évoluent avec le temps. Notre convention collective actuelle prévoit une augmentation de 2,75 %, qui s’applique également aux postes non syndiqués. Et certaines dépenses importantes, notamment la PPO, le Bureau de santé, Au Château et les quotes-parts de la DNSSAB, sont hors du contrôle direct du Conseil.
Et l’inflation n’est pas un chiffre qui s’applique de la même façon à tout. L’IPC au Canada était de 3,0 % sur un an en août 2026, mais le panier de dépenses d’une municipalité est très différent. Nous entretenons des routes et des bâtiments, achetons de l’équipement et des matériaux, employons du personnel, assurons nos biens municipaux et faisons appel à des services spécialisés. Certains coûts augmentent plus rapidement que l’IPC; d’autres sont déterminés par des contrats ou par les conditions du marché.
Alors, lorsqu’on parle de fixer un maximum à l’augmentation annuelle des taxes, il faut aussi parler de ce qui se passe de l’autre côté de l’équation.
Une augmentation des taxes n’est pas la même chose qu’une augmentation du budget
Yvon Duhaime a déclaré que « l’augmentation annuelle des taxes devrait être plafonnée à 2 % » et qu’il faudrait beaucoup pour le convaincre qu’une augmentation de 2,5 % était nécessaire. M. Duhaime siégeait également au Conseil au cours du mandat précédent. En 2022, ce Conseil a approuvé une augmentation de 1 % du prélèvement fiscal. Ça semble assez simple, jusqu’à ce qu’on regarde l’ensemble du budget.
Une augmentation de 1 % des taxes ne signifiait pas une augmentation de 1 % du coût de fonctionnement de la Municipalité. Les dépenses ont augmenté d’environ 5,6 %, la différence étant couverte en partie par des réserves, des surplus des années précédentes et d’autres revenus qui ne provenaient pas des taxes. Environ 1,2 million de dollars ont été financés à même les réserves. Utiliser les réserves n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Les réserves sont un outil financier important. Mais elles ne constituent pas une source de revenus récurrents. Une réserve peut être utilisée une fois. Elle ne peut pas financer la même dépense année après année.
Donc, si nous choisissons de maintenir les taxes en dessous de l’augmentation de nos coûts, nous devons être honnêtes quant à la façon dont nous comblons la différence.
Chaque choix a ses conséquences
Cela peut vouloir dire utiliser les réserves. Ça peut vouloir dire trouver des gains d’efficacité. Ça peut vouloir dire réduire un service, reporter un projet, augmenter les frais d’utilisation, obtenir du financement externe, réduire les effectifs ou vendre un bien municipal. Chacun de ces choix a des conséquences. Et ces conséquences ne sont pas toujours évidentes lorsqu’on les regarde simplement sur une feuille de calcul.
Si les économies viennent d’une réduction du personnel, quel travail ou quels services changent? Si des projets sont reportés, quand seront-ils réalisés et de combien le coût risque-t-il d’augmenter à cause du délai? Si nous utilisons les réserves, que se passe-t-il lorsqu’elles sont épuisées? Si nous vendons un bien municipal, à quoi renonçons-nous en échange de ce revenu ponctuel? « Trouver des gains d’efficacité » est important, mais ce n’est pas un plan financier en soi. Nous devons pouvoir expliquer quelles sont les économies, d’où elles viennent et ce qui changera en conséquence.
Le coût d’attendre
West Nipissing a d’importants besoins en matière d’infrastructure. Notre étude des besoins routiers de 2023 a identifié 70,6 kilomètres de routes qui présentent des besoins structuraux, pour un coût estimé à 18,2 millions de dollars, ainsi qu’environ 4,5 millions de dollars par année pour la réfection et la préservation des routes et 1,8 million de dollars supplémentaires par année en immobilisations sur une période de 10 ans.
Nous avons également vu les conséquences de l’entretien reporté dans nos bâtiments. Le gymnase de l’édifice municipal de Verner a été démoli en 2018 après des années de détérioration. Ce ne sont pas des problèmes créés par un seul budget ou un seul Conseil. Ils nous rappellent que reporter un investissement ne fait pas disparaître le problème. Parfois, cela rend simplement la facture finale plus élevée.
Quand les économies deviennent des changements de services
Nous avons également vu dans d’autres municipalités qu’une décision budgétaire peut sembler très différente une fois que les résidents vivent les changements de services qui en découlent.
Le budget 2026 de Regina comprenait des réductions dans l’entretien des parcs et des espaces verts, notamment une tonte moins fréquente dans certains secteurs. Ces changements ont par la suite suscité des plaintes de résidents et des discussions entre les conseillers au sujet des niveaux de services.
Lire l’article de CBC sur le budget 2026 de Regina et l’entretien des parcs
L’objectif n’est pas de dire que Regina a fait le mauvais choix. L’objectif est de reconnaître que chaque choix budgétaire a des conséquences concrètes. Si nous réduisons les dépenses, quelque chose change. Si nous reportons l’entretien, quelque chose attend. Si nous utilisons les réserves, il y en a moins pour autre chose. Si nous réduisons le personnel, certains travaux ou services doivent changer. Si nous vendons un bien municipal, nous ne l’avons plus. Et si nous ne faisons pas un investissement aujourd’hui, nous devons être honnêtes quant à ce que cela pourrait nous coûter plus tard.
Plus qu’un chiffre
C’est pourquoi je crois que la conversation sur les taxes doit aller au-delà d’un simple pourcentage. Si nous voulons être une communauté où les taxes sont faibles, nous devons être tout aussi clairs sur ce que nous sommes prêts à laisser de côté pour y arriver.
Garder les taxes abordables est important. Tout comme l’entretien des routes, des bâtiments et de l’équipement, ainsi que le maintien des services sur lesquels les résidents comptent. Il faut aussi s’assurer que les économies d’aujourd’hui ne sont pas simplement refilées aux contribuables de demain sous forme de réparations plus importantes et de problèmes plus coûteux.
En période électorale, il est tentant de réduire des questions complexes à des chiffres simples et à des phrases faciles à retenir. « Plafonner les taxes à 2 % » semble simple. Mais sans expliquer ce qui sera coupé, reporté, réduit ou financé à même les réserves pour y arriver, ce n’est pas un plan financier complet. Les résidents méritent plus qu’un chiffre. Ils méritent de comprendre les choix qui se cachent derrière ce chiffre, les compromis qui les accompagnent et ce que ces choix signifient pour notre communauté.