Plusieurs d’entre vous savent que je profite à peu près de toutes les occasions pour parler français avec les gens qui veulent bien se prêter au jeu avec moi!
Mon parcours en français a commencé quand mon mari et moi étions en couple. Il venait d’une famille francophone et j’ai vite compris que, si je voulais suivre les conversations et comprendre ce que tout le monde disait, j’allais devoir travailler mon français. J’avais suivi des cours de français à l’école secondaire, alors j’avais une petite longueur d’avance. Mais il y a toute une différence entre se souvenir de quelques mots et être capable de suivre une conversation. Je voulais participer, comprendre les blagues et me sentir incluse. Et, pour être honnête, je voulais vraiment que ses parents m’aiment bien!
J’ai toujours eu une certaine facilité pour les langues et, quand j’ai commencé à suivre des cours au Collège Boréal, une bonne partie de ce que j’avais appris à l’école secondaire m’est revenue assez rapidement. Ça ne voulait pas dire que c’était facile pour autant! Apprendre une langue à l’âge adulte, c’est aussi apprendre à accepter de faire des erreurs, de chercher ses mots et parfois d’avoir l’air un peu ridicule.
Et puis, je suis devenue mairesse.
Je savais qu’être mairesse dans une communauté comme Nipissing Ouest voulait dire que je devais oser me lancer, notamment en parlant français, même quand je n’étais pas tout à fait sûre de moi. Je n’allais pas attendre d’être bilingue pour essayer. Il fallait que j’accepte de me lancer, de faire des erreurs et de continuer à apprendre.
Je me souviens de la première fois où j’ai dû prononcer un discours officiel entièrement en français. C’était au gala du 75e anniversaire du Club Richelieu, à la salle Marcel-Noël. J’étais nerveuse. Très nerveuse. Je me répétais qu’il fallait ralentir et parler clairement, mais je suis presque certaine que mes mains tremblaient derrière le lutrin. J’ai probablement fait quelques erreurs en cours de route, mais comme j’aime le dire, je me débrouille. J’ai réussi à passer au travers!
Et vous n’imaginez pas à quel point l’accueil a été chaleureux. Les gens ont été tellement encourageants et accueillants. C’était une soirée très spéciale pour moi, non pas parce que mon français était parfait, mais parce que les gens appréciaient que j’aie fait l’effort. Cette expérience m’est restée en mémoire.
Mon français est encore un travail en cours. Parfois, je cherche le bon mot, ou je sais exactement ce que je veux dire, mais je n’arrive pas à trouver les mots en français. La plupart du temps, je pense en anglais et je traduis dans ma tête en parlant, ce qui me ralentit parfois plus que je le voudrais. Et quand une conversation devient plus complexe, il m’arrive de devoir passer à l’anglais pour bien m’exprimer.
Mais apprendre le français m’a permis de mieux comprendre ce que la langue représente pour les gens qui grandissent en la parlant, et à quel point elle est liée à la culture, à l’histoire et à l’identité à Nipissing Ouest. Comme mairesse, je fais un effort pour parler français chaque fois que je le peux, que ce soit lors d’activités communautaires, de réunions, de cérémonies ou dans mes conversations avec les résidents. Je ne suis pas toujours parfaite, mais je crois que l’effort compte.
Cet effort signifie aussi prendre la parole pour défendre notre communauté francophone. Lors de nos rencontres avec les ministères provinciaux, nous avons soulevé des enjeux comme l’accès aux services en français, le recrutement et la rétention d’une main-d’œuvre bilingue, ainsi que le soutien aux organismes qui servent les résidents francophones. Nous ne contrôlons pas tous les facteurs qui influencent l’accès aux services en français ou la disponibilité de travailleurs bilingues, mais nous pouvons nous faire entendre et utiliser nos relations pour défendre les besoins de notre communauté.
Mon rôle au sein du conseil d’administration de l’Association française des municipalités de l’Ontario m’a donné une autre occasion de le faire. J’ai pu échanger avec des élus municipaux de partout en Ontario, apprendre de l’expérience d’autres communautés francophones et bilingues, et ramener ces perspectives à Nipissing Ouest. Et, en prime, les réunions se déroulent entièrement en français — une excellente façon de gagner en confiance et d’améliorer mes compétences!
Plus tôt cette année, nous avons eu l’honneur d’accueillir la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Edith Dumont, à Nipissing Ouest. Mme Dumont et moi avons quelque chose d’assez important en commun : son anglais ressemble beaucoup à mon français — c’est un travail en cours! Je l’avais rencontrée pour la première fois il y a environ deux ans, et je crois que cette expérience partagée nous a tout de suite rapprochées. C’est une personne chaleureuse et attentionnée qui parle souvent du rôle important que les francophiles comme moi peuvent jouer dans la promotion et la protection de la langue et de la culture françaises.
Sa visite, organisée pendant la Semaine internationale de la Francophonie, a été une occasion toute spéciale pour notre communauté. Avec le Club Richelieu et Les Compagnons des francs loisirs, nous avons contribué à organiser cette visite et à faire découvrir toutes les façons dont le français fait partie de la vie à Nipissing Ouest : dans nos écoles, nos organismes, nos entreprises, nos activités culturelles, nos groupes communautaires et, surtout, chez les gens qui parlent français et qui le gardent bien vivant au quotidien.
Cette visite a aussi permis à nos résidents francophones de voir leur langue et leur culture représentées au sein de l’une des plus hautes fonctions publiques de l’Ontario. Je crois que ce fut un moment de grande fierté pour notre communauté.
Soutenir le français dans une communauté bilingue, c’est bien plus que d’ajouter une version française à un site Web. Il faut des gens qui sont prêts à parler la langue, à écouter les francophones, à soutenir les organismes locaux et à continuer d’apprendre. Et ça me concerne aussi!
Alors, si vous êtes francophone, bilingue ou simplement prêt à donner un coup de main à quelqu’un qui apprend encore, je vous invite à me parler en français. Apprenez-moi un nouveau mot (mais attention, je vais probablement vous demander de l’épeler!). Faites-moi découvrir une expression amusante. Corrigez-moi quand je me trompe. Si vous m’entendez chercher mes mots, donnez-moi un petit coup de pouce.
J’ai fait beaucoup de chemin depuis le jour où, à notre premier rendez-vous, j’ai demandé à Frank « Es-tu femme? » au lieu de « As-tu faim? »! Je ne m’inquiète plus autant de faire des erreurs. Plusieurs d’entre vous m’ont appris que c’est l’effort qui compte.
Alors, parlez-moi en français. Je vais faire de mon mieux pour vous suivre!
Pour en savoir plus sur
la visite de la lieutenante-gouverneure Edith Dumont à Nipissing Ouest
